Inflation, récession, grève SNCF et RATP… “la France menace de s’enfoncer dans un marasme sans nom”

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Le spectre des grèves de 1995 et de la récession revient hanter une France déjà mise à rude épreuve par l’inflation, relève notre chroniqueur Marc Touati, président d’ACDEFI, pour qui l’Hexagone, en plein cauchemar, est menacée par un “chaos social”.

Comme cela était malheureusement prévisible (du moins pour celles et ceux qui osent regarder la réalité en face), nous re-voilà dans un triple cauchemar : à peine remise de la pandémie (et ce pour la modique somme de 530 milliards d’euros de dette publique supplémentaire), gravement menacée par une stagflation (forte inflation et récession économique) historique, notre douce France risque désormais de plonger dans une grève de grande ampleur et pour une période indéterminée.

Incertitude, attente interminable devant les stations d’essence, et bientôt sur les quais de gare et de métro, entassement dans des rames bondées, agressivité des usagers, embouteillages monstres aux abords et au sein des grandes villes, mais aussi baisse de l’activité, commerces désertés, retard dans les livraisons, baisse du moral des ménages et des chefs d’entreprise… Le spectre des grèves de 1995 revient tristement nous hanter. Autrement dit, si l’on voulait casser le peu de croissance qui existait encore dans l’Hexagone, on ne se serait pas pris autrement.

Sans vouloir polémiquer, rappelons simplement qu’un jour de grève nationale et générale représente un coût proche de 2 milliards d’euros, notamment au travers des effets négatifs qu’elle suscite en termes de consommation des ménages et d’activité des entreprises dans l’industrie et les services. Cette estimation du coût de la grève s’opère comme suit : le PIB français de 2022 est d’environ 2.550 milliards d’euros, chaque jour ouvré représentant un PIB de l’ordre de 10 milliards d’euros. On peut globalement estimer que le coût d’une grève forte représente environ 20% d’activité en moins au niveau national (dans le commerce, cela peut même atteindre voire dépasser les 50 %), soit un coût d’environ 2 milliards d’euros. Autrement dit, si l’on estime que le coût économique d’une journée de grève se situe entre 1,5 et 2 milliards d’euros, nous sommes vraisemblablement proches de la réalité.

Dans ce cadre, nous anticipons que, si les mouvements de grève se poursuivent et a fortiori se généralisent, la variation du PIB français au quatrième trimestre 2022 sera fortement négative. D’autant que les indicateurs avancés de la conjoncture avant même les blocages et les grèves étaient déjà extrêmement mauvais. Bien entendu, lorsque la grève se termine, un effet de rattrapage de la baisse d’activité passée s’opère mais cette compensation n’est que partielle. En outre et surtout, le véritable coût de la grève réside dans l’affaiblissement de la confiance de l’ensemble des acteurs économiques du pays, ce qui aura forcément un impact durable sur la croissance nationale, qui est déjà structurellement fragile.

Le degré de déprime et de décélération de l’activité est évidemment proportionnel à la durée de la grève, mais aussi à l’issue de cette dernière. Ainsi, si le gouvernement lâche du lest, par exemple en abandonnant la réforme des retraites et/ou en imposant des hausses unilatérales et massives des salaires, cela amènera d’autres corporatismes à vouloir, eux aussi, bloquer le pays pour obtenir satisfaction. Dès lors, on risque d’observer une multiplication des mouvements sociaux un peu partout dans l’Hexagone. De plus, si le gouvernement cède sur un sujet aussi central que la retraite, il infirme la stratégie de modernisation sur laquelle Emmanuel Macron a été élu et met en danger l’avenir économico-financier du pays.

Aussi, à côté des drames humains que toute cette décroissance va produire, le retour des grèves va encore nuire à la crédibilité de l’économie française en matière de capacité à se réformer. Essayez par exemple d’expliquer à un Allemand, à un Anglais, à un Italien ou encore à un Grec ou à un Espagnol, qui n’a cessé de faire des réformes depuis des années presque sans rechigner, que les Français refusent encore de moderniser leur économie. Essayez de lui expliquer comment une petite frange de la population peut paralyser un grand et beau pays comme la France pour le simple motif qu’il ne faut pas toucher à ses petits avantages. C’est perdu d’avance…

Il faut se rendre à l’évidence : nos voisins européens, qui ont tous fait énormément d’efforts et de sacrifices depuis 2008, ne nous comprennent plus et ne sont plus prêts à accepter les dérives françaises. Il est donc grand temps de parler vrai et de responsabiliser nos concitoyens : en temps de crise, tout le monde doit se retrousser les manches et personne ne doit l’en empêcher. La liberté s’arrête là où commence celle des autres. Et ce, en particulier dans une économie exsangue, toujours proche de la banqueroute, en dépit des apparences. C’est là tout le dilemme de l’économie française : il faut la réformer massivement pour qu’elle se redresse vraiment et durablement, mais la moindre réformette génère des mouvements de grèves qui grèvent à leur tour une croissance déjà très molle et incitent par là même les dirigeants du pays à céder aux pressions.

Il n’existe donc qu’une seule solution : engager une vraie et profonde “thérapie de choc bienveillante” en réduisant les impôts (notamment pour redonner du pouvoir d’achat) mais aussi les dépenses publiques de fonctionnement. Parallèlement, pour éviter tout dérapage sociétal, il faut également développer la culture économique des Français. Il faut effectivement sortir de la culture de “lutte des classes” qui fait tant de mal à notre beau pays. Cela permettra notamment de faire comprendre aux jeunes et aux moins jeunes que si le système capitaliste n’est évidemment pas parfait, il est le seul capable de fonctionner, comme l’ont montré les échecs cuisants des autres expériences. Dès lors, ce n’est pas en le détruisant que l’on créera un monde meilleur, mais en améliorant son fonctionnement.

Pour ce faire, il serait par exemple opportun de faire comprendre à nos concitoyens que si la France plonge dans le chaos social, la récession s’imposera durablement et le chômage flambera. Ce qui aggravera encore la situation de la classe moyenne et a fortiori des plus défavorisés. Est-ce là l’héritage que nous voulons laisser à nos enfants ?

Si nous voulons sortir par le haut de la crise actuelle et éviter que la France sombre dans une révolution sociétale, nous savons donc ce qu’il nous reste à faire. Mais si nous continuons de refuser de voir la réalité en face et que nous maintenons notre comportement dogmatique, alors la haine et la lutte des classes s’imposeront de plus en plus, ce qui finira par plonger la France dans un marasme sans nom. Nous sommes prévenus.

Marc Touati, économiste, président du cabinet ACDEFI et auteur de 7 best sellers économiques

Son nouveau livre, RESET II – Bienvenue dans le monde d’après, sorti le 1er septembre 2022, est en tête des ventes des essais économiques sur Amazon.

Marc Touati

Vous pouvez également retrouver ses chroniques vidéos sur sa chaîne Youtube , dont la dernière : Guerre, krach, stagflation… comment sauver notre épargne ?

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